🏡 Nous souhaitons trop souvent commencer par vivre ensemble… #2
- ericlantenois
- il y a 6 jours
- 8 min de lecture
Jeudi 13 août 2026
Extrait de la série : Les nouvelles communautés vivantes
Episode 2 - Nous souhaitons trop souvent commencer par vivre ensemble...
Rappel : Cette série accompagne une question qui me travaille depuis longtemps : de quelles communautés avons-nous réellement besoin aujourd'hui ? Il ne s'agit pas pour moi de chercher à retrouver les villages d'autrefois, mais d'observer ce que la Nature, nos expériences collectives et les transformations de notre époque peuvent nous apprendre pour faire émerger de nouvelles manières de faire communauté.
J’ai longtemps cru que pour faire communauté, il fallait d’abord apprendre à vivre ensemble… et pour ça, commencer par vivre ensemble !
Aujourd’hui, j’habite dans un petit village de 150 personnes environ… Il y a des personnes qui vivent là depuis plusieurs générations, la majorité, à vrai dire… et quelques foyers, comme le mien qui sommes là depuis quelques années seulement.
Nous habitons toutes et tous le même village mais nous n’avons pas tous le même lien étroit avec ce territoire.
Tout récemment, grâce à l’incendie de forêt du Diois qui a menacé le village, nous avons été rassemblées « de force » dans cette adversité que représente cette menace ancestrale du feu.
Finalement, alors que nous ne nous connaissions toutes et tous comme voisins, co-habitants si je puis dire… cette même culture commune de « la peur ancestrale » du feu nous a rassemblé.
Pour la première fois, dans notre ressenti de nouveaux arrivants (mais aussi pour des personnes là depuis fort longtemps), il y a une entraide manifeste.
Des gens qui prenaient des nouvelles, qui partageaient leur peine en plus des informations pratiques… et qui se préoccupaient les uns des autres avec le cœur.
C’était très agréable de sentir les cœurs résonner de cette façon.
Grâce au feu, pendant quelques jours, notre village a eu terriblement des allures de communauté !
Et pourtant, est-ce que nous pouvons garantir que ce sentiment communautaire (face au feu) va se prolonger à coups sûrs dans le temps ?
Bien sûr que non…
Traverser ensemble une épreuve ne suffit donc pas à faire communauté…
Mais, pourtant ce qui nous est arrivé est précieux car nous avons toutes et tous senti ce sentiment communautaire…
Il est donc bien là, prêt à être allumé… délicatement.
Souvent, pour beaucoup d’entre nous, on croît que « faire village », « faire communauté », c’est :
• partager un territoire, comme mon village ;
• partager avec engouement une activité, comme un jardin partagé ;
• s’engager dans une vision, un projet collectif, comme en lançant ou en intégrant une asso par exemple ;
• partager un choix de vie que l’on ressent profondément meilleur, comme c’est le cas pour les personnes qui se regroupent pour non-scolariser leurs enfants ou créer une école alternative ;
• vivre ensemble une vision du monde, une spiritualité ou une religion ;
• vivre l’adversité, une épreuve face à laquelle nous nous serrons les coudes, comme ça a put être le cas dans les derniers incendies…
• et bien-sûr, pour beaucoup, faire communauté, c’est vivre ensemble au quotidien dans un écolieu.
J’en oublie sûrement…
Mais tous ces cas sont de magnifiques exemples qui produisent effectivement du lien, un sentiment appartenance ou de la coopération… mais ce n’est pas forcément « faire communauté » au sens « complet » du terme, si je puis dire.
Et, bravo à toutes celles et tous ceux qui nourrissent ces choix de vie, ces partages et ces visions collectives…
Je tiens à exprimer que je ne les vois surtout pas comme des « échecs » communautaires…
Toutes ces formes d’engagement sont précieuses et participent à cette écologie communautaire que je partageais dans cet article (Je cherchais LA communauté... #1)
Autre réflexe, que j’ai put avoir et que nous pouvons toutes et tous avoir, c’est attendre de trouver des personnes qui partagent nos valeurs pour faire communauté…
… et, justement, bien souvent, c’est ce premier réflexe, tellement naturel, qui est une des premières causes de tous les problèmes que nous rencontrons ensuite...
Le problème n'est évidemment pas de partager des valeurs !
C'est même un formidable point de départ.
Le piège est plus pernicieux car il nous peut nous inciter à croire que parce que nous sommes d'accord sur quelque chose, une valeur ou une vision qui nous apparaît comme sacrée, que nous avons une excellente et solide base pour faire communauté !
Personnellement, j’ai souvent rencontré ce partage de valeurs, qui m’a d’ailleurs faussement croire que, ça y est, je faisais communauté, dans les mouvements militants auxquels j’ai participé : écologiques, permaculturels, éducatifs ou encore spirituels.
Encore une fois, c’est une excellente base de partager des valeurs, mais ce qui manque véritablement pour « faire communauté » et relever tous les défis qui vont avec cette intention, ce n’est pas une ou des valeurs communes, mais une culture commune !
Une communauté commence profondément à prendre racine lorsqu’à la fois, chacun de ces membres ET le groupe s’engagent ensemble à développer une culture commune :
• des rites individuels et collectifs ;
• des pratiques quotidiennes, annuelles ou régulières ;
• une mémoire collective récoltée précautionneusement dans le but de nourrir cette culture sur la durée ;
• des façons tout à fait singulières de prendre soin de chacun, du groupe, des lieux… ;
• des expériences personnelles qui peuvent être partagées, racontées, en toute sécurité et surtout de manière constructive (de sorte à ce qu’elles permettent à chacun de grandir) quand bien même les vécus ou les expériences individuelles ne parlent pas à toutes et tous ! …
• des actions accomplies non seulement pour satisfaire les besoins individuels de ses membres, mais qui nourrissent aussi le prendre soin de la communauté elle-même.
Et la différence est ténue !
On peut jardiner ensemble, organiser des événements, accompagner les enfants ou traverser une épreuve côte à côte… et avoir réellement le sentiment de prendre soin de la communauté.
Mais ça reste malheureusement un sentiment !
Car, prendre soin de la communauté, c’est aussi veiller en permanence à ce qui se passe entre ses membres :
Est-ce que chacun trouve sa place ?
Les contributions sont-elles reconnues ?
Les tensions sont-elles accueillies ?
Les nouveaux trouvent-ils comment entrer dans cette culture ?
Est-ce que l’histoire du groupe est récoltée et transmise ?
Et, surtout, est-ce que quelqu’un veille à tout cela ?
Car cette responsabilité ne peut pas simplement reposer indistinctement au collectif et donc sur tout le monde.

Faire communauté demande aussi d’accepter et d’assumer des responsabilités différentes, donc, oui, une forme de hiérarchie !
Et nous savons toutes et tous que, de nos jours, notre rapport à ce qui fait hiérarchie (verticalité) est délicat à accepter car nous confondons souvent hiérarchie des valeurs entre les personnes et hiérarchie des rôles confiées à des personnes.
C’est un travail de conscience véritablement difficile que de prendre soin de cette association malheureuse (souvent source de conflits latents).
Dans mon propos, il s’agit d’à la fois soigner les différentes responsabilités et de vigilances entre les différentes personnes, tout en veillant à soigner le ressenti (en résonance avec de vieilles blessures) de chacune et chacun !
Et, pour accueillir ce genre de choses, qui peut donner l’impression d’avoir à faire à des caprices d’égo, il faut des outils puissants et solides !
J’ai bien conscience que tout ce que j’évoque paraît couler de sources, mais je tiens à insister dans cet article que si ça coule de source, il s’agit de mettre en place des dispositifs concrets qui vont soutenir toutes ces infimes tensions pour en prendre soin quand elles apparaîtront !
Exemple crucial que je prends souvent pour illustrer ce principe :
quels sont les dispositifs qui sont mis en place et pensés (ou pansés) pour accueillir le désir spontané ou longuement mûri de quelqu’un qui souhaite faire un pas de côté ou quitter la dimension communautaire, à la fois pour « prendre littéralement » soin de la personne mais aussi de l’impact que ce choix aura chez les autres membres et pour la communauté en elle-même ?!
Toutes ces questions et ces sujets m’amènent à évoquer ce qui est tellement plus juste, sur le plan initiatique, mais qui nous apparaît bien souvent comme non-naturel :
c’est que, pour faire communauté, il faut d’abord apprendre à construire patiemment, et souvent longuement, cette culture commune (apprendre à faire communauté) avant de vouloir vivre ensemble !
On a toutes et tous cette fausse-croyance qu’il nous suffit de « vivre ensemble » concrètement pour faire communauté « rapidement »…
Je rencontre souvent ce genre de réactions quand j’explique aux personnes qui souhaitent nous rejoindre que nous commençons d’abord par construire cette culture à distance (par zoom, en distanciel), au lieu de tout de suite nous réunir collectivement pour construire ce vivre-ensemble dans la matière !
J’ai conscience que c’est désagréable à entendre, car, au fond de moi, moi aussi, j’aimerais tellement d’abord vivre des expériences ensemble avant d’en parler, et qui plus est, à distance par écran interposés !!!
Même si, au fond de moi, il y a d’abord l’envie de trouver des personnes, trouver un lieu, nous installer ensemble, organiser la vie communes puis tenter de construire une culture commune….
Aujourd’hui, je préconise et vis une situation tout à fait contraire à cette envie !
Nous prenons tout le temps dont nous avons besoin pour construire les bases d’une culture commune à « bonne » distance, ce qui nous permet de prendre le temps de l’infuser, de la vivre et de la penser au mieux...
Nous vivons séparément des pratiques qui nous relient, subtilement…
Nous partageons nos expériences et apprenons à connaître les différences fondamentales que nous avons entre chacun de nous… au fil des saisons et du temps.
Tout cela crée un sentiment d’appartenance réel, puissant… et très déconcertant quand on y pense !
(Je connais profondément des personnes que je vois 3 fois par mois par écran interposé, bien mieux que chacun de mes voisins!!).
Par cet engagement à construire sur la durée et à distance (qui ne nous empêche pas de nous voir parfois sur un temps court d’une semaine par exemple), nous sommes engagés dans un travail relationnel puissant et qui nourrit une résilience et une robustesse (dédicace spéciale et amicale à Olivier Hamant ! )
Et, après tout cela, éventuellement (!), peut-être qu’un jour nous serons prêt, pour certaines et certains d’entre nous à nous établir dans une communauté de vie !!!
Si j’ai pris tout ce temps et ces mots pour expliquer ce point de vue c’est que j’ai la conviction (et l’expérience désormais) qu’une partie de notre conscience pense que les fondations viennent d’abord de l’expérience… ce qui est vrai sur un plan seulement.
Et sur ce plan l’Humanité a expérimenté et travaillé pendant des millénaires !
Désormais que nous sommes toutes et tous reliés à ces fondations d’en bas, il est temps de travailler un nouveau type de fondations qui viennent cette fois, « d’en haut » !
Je m’explique :
Nous croyons que pour faire pousser une communauté, il faut commencer par lui donner une terre.
Mais une graine ne développe pas ses racines uniquement parce qu'il y a de la terre sous elle.
Elle s'enracine aussi parce qu'il y a quelque chose vers quoi pousser : la lumière.
Donc le lieu, la rencontre de terrain, n’est plus la seule fondation à considérer…
La culture qui nous appelle, les intentions, les pratiques et l’engagement « à distance » qui nous relient précèdent désormais l'enracinement concret et territorial.
Et c’est sans doute cette nouvelle conscience qui explique pourquoi l’Humanité est passé progressivement d’un modèle collectif très « terre », très concret, incarné dans les tribus, les communautés du quotidien, les modèles de village d’antan à un mode de vie exagérément, j’en conviens, individualiste et tourné vers la personne !
Il s’agit maintenant que nous sommes suffisamment éloignés les uns des autres, à réussir à nous retrouver d’une manière solide et pérenne !
Nous devions passer par là (par cet individualisme, qui nous a en apparence séparé mais qui nous a appris à mieux discerner notre conscience individuelle) pour désormais réussir à concilier conscience individuelle et conscience collective !
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Ce texte est le second d'une série consacrée aux nouvelles communautés vivantes qui cherchent à émerger aujourd'hui mais dont la "bonne" forme se forge doucement.
J'y explorerai progressivement ce que signifie « faire communauté », les différentes présences dont nous avons besoin au cours de nos vies et ce que la Nature et la conscience peuvent nous apprendre pour penser autrement nos liens.
Ces questions nourrissent également 2 dates des Rendez-vous du Vivant de l'été 2026, consacrés à cette interrogation :
Les 26 et 27 août 2026, en ligne, à 20h30




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