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🧭 Les nouvelles règles #2

Dimanche 12 juillet 2026

Extrait de la série : L'éveil de la flamme


Episode 2 - Les nouvelles règles


Rappel : Ce récit est très personnel. Je n'y raconte ni l'incendie, ni toutes les réalités qu'il a provoquées, encore moins celles des personnes qui ont été bien plus durement touchées que nous. J'y partage simplement le chemin intérieur que cet événement a ouvert en moi, avec l'espoir qu'il puisse, peut-être, éclairer celui d'autres personnes.



Pendant la nuit du 5 au 6 juillet, les flammes se nourrissaient avidement des pins noirs, des pins sylvestres et des multiples buissons dans les pentes escarpées du cirque au creux duquel se love notre village…


Le lendemain, alors que j’essayais d’écrire une publication pour partager mes tous nouveaux « Rendez-vous du vivant », je me sentais mal… je me souviens avoir passé deux heures à essayer d’écrire mais à être bloqué, jamais satisfait… je sentais l’agacement se transformer en colère, en dépit… en découragement. Les enfants étaient dans le salon, au frais. Et, dehors, on entendait un hélicoptère passer sans cesse. Le midi-même j’avais vu les fumées très épaisses derrière « le four », la petite montagne de notre village que nous aimons tant et que j’essaye de gravir au moins une fois par an.


Dans le village, l’inquiétude était palpable. Beaucoup de gens étaient « sur le pont »… le maire passait régulièrement en vélo. Céline avait la veille vécu une réunion « de crise » et là, en fin d’après-midi, elle allait en vivre une nouvelle.

Moi, j’avais fini par littéralement abandonner mon travail d’écriture… Mon inspiration était « éteinte »

Le doute intérieur m’avait complètement étouffé : c’est comme si mon inspiration des Rendez-vous du Vivant était "trop pertinente", et, en même temps "décalée" compte-tenu des urgences que vivaient des centaines, voire des milliers de gens en France !


Je trouvais ces rendez-vous vraiment pertinents, notamment les 3 soirées de soutien avec la pratique du miroitement, véritable outil apaisant, sur le thème ô combien d’actualité : “Comment ne pas perdre pied... quand le monde semble aller si mal ?

Mais je n’osais plus en parler…



Je comprenais seulement quelques heures plus tard pourquoi j’avais tant galérer à publier sur les Rendez-vous du vivant sur les réseaux … parce que j’étais confus, gêné, … je percevais les liens, mais ils étaient encore trop flous, et surtout difficiles d'accès, voire pour les plus virulents des lecteurs sur les réseaux (encore plus sensibles en ce moment !), je me demandais si des personnes oseraient penser que je ferais l'opportuniste… Je décidais donc de tout simplement abandonner… car, vraiment, je me sentais perdu et profondément en décalage.


Je ne le savais pas encore, mais la vie, grâce à ce feu ou à cause de cet incendie, était en train de m'entraîner, malgré moi, dans une épreuve dont j'ignorais encore les règles.


Il n’y avait plus de canadairs depuis un (trop) long moment dans le ciel… Et, dans les médias, je lisais qu’ils étaient réquisitionnés dans le sud-ouest pour sauver des habitations. Parfois, je regardais la carte google map et j’étudiais par où pourrait éventuellement passer le feu s’il devait continuer sa route jusqu’à notre village.


J’avais la conviction que notre maison ne pouvait pas être atteinte… mais, pour Viopis, ce lieu-dit que j'ai eu maintes et maintes fois envie d'habiter, et d’autres maisons plus proches de la forêt, j’avais de sérieux doutes.


Me revenait alors en mémoire cette envie que j’ai depuis toujours de vivre au cœur de la forêt… déjà enfant, mon lieu de vie future “imaginaire” s’appelait “ma petite forêt”… Adolescent, je rêvais d’installer ma maison dans un arbre… et, je me revoyais quelques années plus tôt, jeune parent, à Beauchouse, dans cette ferme de Crest que j’habitais avec Céline, au milieu de 60 hectares de forêts et de prairies… J’entendais encore les mots de certains proches qui me disaient : “Mais vous n’allez pas habiter là quand même !?”…


Et, ce 6 juillet 2026, plus que par des doutes, je me sentais contacté par une sorte de peur de la forêt… comme si je prenais conscience vraiment qu’elle était aussi le territoire du feu

Et je rendais grâce à mon propriétaire Michel, de nous avoir loué cette maison en plein cœur du village de Barsac…

Et dire que je l’enviais parfois, lui, d’habiter au bord du Village, dans sa belle maison collée aux marnes et aux pinèdes… et, aujourd’hui, tout semblait inversé !


Je ne savais plus…


En fin d’après-midi, je me lançais enfin de sortir à l’extérieur, dans la chaleur étouffante et caniculaire de fin de journée et, aussi, dans un état d’esprit tout aussi lourd et confus…

Je voulais prendre de la distance et voir où en étaient les fumées, percevoir et peut-être mieux comprendre le « projet du feu »

Avant cela, Céline, en grande intuitive, comme à son habitude, revenue de la réunion de crise où on lui avait affirmé que, pour le moment, ça allait bien, se sentit tout de même l’élan de préparer nos sacs… Les enfants eurent le temps de rassembler leurs effets préférés : des jouets récemment obtenus pendant l’anniversaire de Tom, le matériel créatif de Mélisse, et, à ma grande surprise, le cadre de “loup blanc”, l’animal totem de Gabin…

Au fond de moi, je me disais que, finalement, cette préparation à une évacuation nous mettait en lien avec l’essentiel.


Et, bien-sûr, nous aussi, les deux parents, faisions nos sacs avec vêtements estivaux, papiers administratifs les plus difficiles à renouveler et ce que nous estimions de valeur (ordinateur portable au cas où l’inspiration me reviendrait (!), courses alimentaires fraîchement achetés le matin-même, trousse de toilette et de pharmacie)…

Je me sentais paré et, en même temps, je n’y croyais pas encore.


Sur la petite place du village, je découvris les viticulteurs, les villageoises et les villageois rassemblés… les 4x4 et les pick-ups avec tronçonneuses, débroussailleuses prêtes à démarrer.


Aussitôt, moi qui déambulait comme une âme perdue, en short, t-shirt et claquettes, je me revis dans un tout autre accoutrement de terrain, 6 ans plus tôt, dans la ferme que nous habitions à Crest, en pleine forêt, avec les mêmes vêtements que les villageois de Barsac, le casque, les gants, la tronço…

Quelque part, au fond de moi, j’avais envie d’aller retrouver cet uniforme avant d’aller rejoindre cette petite troupe… mais cet Eric n'existait peut-être plus...


Et à quoi pourrais-je bien servir, moi qui n’avait plus utiliser cet outillage depuis plus de 5 ans… face à des personnes qui sont sur le terrain chaque jour de l’année…


Je m’approchais tout de même du groupe paysans, intimidé… mais à l’écoute.


J’appris alors que des villageois avait pris l’initiative d’aller dans la montagne par des sentiers de chasseurs, seuls connus d’eux-mêmes, débroussailler, couper les pins pour enrayer la course du feu…

Je compris que les forces de l’ordre et des pompiers le leur avait reprocher leurs initiatives et, surtout de s’être mis en danger…


J’entendais aussi les gens, en colère, cherchant de vaines explications, nourris par des reproches! En colère que les canadairs ne soient plus là, en colère qu’à la place d’investir dans de tels matériels, l’état investissait dans des centaures, ces drôles d’engins anti-émeute qui envoient de l’eau sur les manifestants… !

Et que d’incompréhension, de colères, de sentiment d'injustice et de désarroi, je voyais grandir dans le cœur de ces personnes enracinées dans un terroir si précieux… le voyant se consumer sous leurs yeux.

Je voyais toutes ces émotions chercher des moyens d’expression et, au fond de moi, je sentais aussi qu’elles avaient quelque chose de très profond et de très personnel à révéler…


Pendant plus d’une heure, je ne vis pas le temps passé : j’écoutais, je regardais, le maire, la sous-préfète, les représentants des chasseurs, les fumées au loin qui progressaient… j’étais à la fois en contact avec ce feu qui rassemble, dans l’adversité… et qui divise quand on ne comprend pas, qu’on ne comprends plus et qu’on cherche alors des coupables, des raisons… des explications !


Les 4x4 et les pick-ups partaient pour tomber les pins autour de l’antenne relais (il ne faudrait pas qu’on soit en plus coupé de toute communication !) et pour aller tronçonner des zones forestières de pins noirs plantées par l’ONF…

à la fin, il ne restait plus que moi et un aîné du village et je suis encore touché par ses mots dans ma direction « C’est bien d’être venu ! »… moi qui n’osais pas venir, si impuissant, si malhabile dans cette action de terrain, si envahit par ce sentiment d’être « incapable » et bien, j’étais venu amener mon soutien, mon coeur et tout mon être d’une autre façon.


Et pendant ce temps, la braise, qui était devenue feu, avalait les arbres et les buissons… du côté de Barsac, mais aussi du côté de Montmaur qui venait d’être évacué « à cause de la dangerosité des fumées ».




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