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🔥 L'Éveil de la flamme #1

Vendredi 10 juillet 2026

Extrait de la série : L'éveil de la flamme


Episode 1 - Quand le feu est arrivé dans mon village


Ce récit est très personnel. Je n'y raconte ni l'incendie, ni toutes les réalités qu'il a provoquées, encore moins celles des personnes qui ont été bien plus durement touchées que nous. J'y partage simplement le chemin intérieur que cet événement a ouvert en moi, avec l'espoir qu'il puisse, peut-être, éclairer celui d'autres personnes.



Je crois que je me souviens parfaitement de cette fin de journée, en période du solstice, où la foudre est tombée sur la Croix de Justin, une petite montagne de la ville de Die, à quelques km de chez moi.


Ce soir-là du 24 juin, je raccompagnais une amie de mon fils et nous avons vu les canadairs passer. Je me souviens encore de la fascination dans le regard de mon fils en voyant ces engins volants, mais aussi du ballet sonore de leurs allers-retours qui, je le saurais plus tard, feraient tellement de bien à notre cœur !

La mère de la jeune fille me semblait beaucoup plus inquiète que moi… Elle me racontait qu’elle avait entendu et vu la foudre tomber… Nous, depuis Barsac, nous l’avions entendu très fort mais pas avec la même intensité. Je me souviens juste des énormes bourrasques aux allures de tempêtes qui m’avaient vraiment surpris et inquiétés… mais aussi, de la violence de l’événement météo qui, chez nous, avait surtout fait raisonner une sorte de menace ou d’avertissement !


Ce soir-là, j’ai contemplé les espaces forestiers de Barsac dans lesquels je me promène plusieurs fois par jours…

Ce sont des moments où je promène mes deux chiennes et qui me permettent de me ressourcer, de sortir de mon bureau, de voir des animaux sauvages, de croiser des voisins parfois, de m’abreuver de lumières, de paysages et de tous les messages subtils et précieux que la nature veut m’offrir chaque fois comme pour m’inspirer.



Ce 24 juin, l’image même des premières flammes se résumait à un cliché sur facebook d’une fumée grise et blanche au sommet de la montagne de Justin à Die. Le feu allait être étouffé par les canadairs et les premières mesures en place.


Evidemment, j’étais loin d’imaginer ce qui se passerait pour moi 15 jours plus tard, pour démarrer mon été !

Je me souviens encore, fin Juin, que lorsqu’on me demandait ce que je souhaitais faire cet été, je disais bien à tout le monde : en juillet, je travaille régulièrement, début août, nous encadrons notre stage, mi août, vacances et fin août je reviens tranquillement pour préparer la rentrée… tout était bien calé dans ma petite tête…

Les Rendez-vous du Vivant, mes premiers cours d’été en ligne, le travail de préparation des programmes de la rentrée, l'orga du séjour… tout mon programme était si clair dans mon esprit !


Mais, pendant ce temps, la braise vivait au cœur d’une souche ou d’une racine souterraine… ça, personne ne le saura jamais avec certitude, mais le feu n’était pas mort !


Donc, sur un plan, oui, j’avais bien vu un "été bien intense", mais comme toujours, je n’avais pas imaginé à quel point cet élan de travail estival allait se dérouler comme il s'est déroulé ensuite...


Une semaine plus tard environ, la braise, nourrie par l’air d’un vent chaud, s’éveilla en une petite flammèche… qui put grandir dans les aiguilles sèches à même le sol… De la flammèche naquit une flamme qui s’agrippa à un buisson… et les flammes grandirent de plus belle pour embraser à nouveau la forêt du sommet de la montagne de Justin… mais, tout cela, je l'ignorais encore.


Le 2 juillet, après plusieurs sessions de travail d’écriture répartis en plusieurs jours, j’étais arrivé au bout de mon travail de présentation des Rendez-vous du Vivant, des cours d’été pour proposer un changement de regard sur nos liens à la Nature…

Très satisfait de la cohérence de ces “rendez-vous de l’été”, je me sentais libéré… et je sentais que mon travail estival se lançait enfin !

Ces temps-ci, j’ai toujours ce sentiment désagréable d’aller trop lentement même si j’apprends peu à peu à accepter les processus longs et éprouvants entre la demande que me font certaines personnes, l’idée qui germe en moi et le programme ou la proposition qui naît et qui peut enfin être présentée au public.


La première proposition était envoyée à toute ma liste de diffusion : « Sommes-nous réellement déconnectés de la nature ? » Une soirée pour évoquer à quel point, à l’heure où nous parlons beaucoup de connexion à la nature, nous n’avons tellement pas idée des multiples connexions qui nous lient à elle, consciemment ou non !

Heureux et libéré d’avoir enfin envoyé ce mail, il me fallait maintenant patienter. Mais, ça y est, j’avais fait une grosse partie du travail et, dans ces moments-là, je ressens à la fois le contentement du travail accompli et, paradoxalement, commence une attente plutôt exigeante : constater comment la proposition réssonne chez les personnes qui reçoivent mes infos.

Un tout autre travail démarre généralement ensuite, fait de patience, d’attentes et d’adaptation… Et, la suite de ce début d’été allait me plonger bien plus que ce que j’imaginais dans dans cette posture !


Car, dès le lendemain… le 3 juillet, alors que je m’apprêtais à proposer mes services au gymnase de Die deux jours plus tard, un encadrement de badminton pour les adultes dans le but de préparer d’éventuelles propositions à la rentrée, et bien, nous avons reçu le mail transféré de la mairie qui réquisitionnait le gymnase pour permettre aux pompiers de disposer d’un espace de repos


La fumée que je voyais au loin, née des flammes de cette petite braise qui avait couvée, avait maintenant un impact concret sur “mes activités”… car cette même braise me déclarait très concrètement que “l’entraînement que je propose” n’aurait finalement pas lieu (sous cette forme en tout cas !)


Et, à ce moment-là, aussi fou que cela puisse paraître aujourd’hui, je ne comprenais juste que ce travail, cet encadrement que je proposais n’aurait pas lieu “le dimanche prévu”… J’envoyais donc tout naturellement un mail aux inscrits à la séance que la séance serait sans doute reportée au dimanche suivant, le 12 juillet…


Aujourd’hui, 10 juillet, je comprends enfin que le message de la braise devenue feu n’était pas : “Eric, tu reportes juste la proposition de ton entraînement !”… Il n’est plus du tout question d’utiliser le gymnase pendant tout l’été tant le feu et la situation a pris de l’ampleur… La braise devenue désormais un incendie de forêt dévastateur m’invite, comme d’innombrables personnes du territoire, a changé complètement mes “plans” !


Au 2 juillet, la braise était donc désormais un feu puissant qui continuait d’avaler 200 hectares de forêt, de landes et de garrigues dioises. Et, cette fois, depuis Barsac, nous sentions clairement et régulièrement les odeurs de pins brûlés


En général, cette odeur de résineux qui brûle, je l’aime car elle me rappelle l’âtre du foyer de l’ancienne ferme où nous vivions, mais aussi tous les feux autour desquels je vis des veillées, des soirées, des moments forts avec d’autres personnes que j’accompagne…

L'odeur lointaine me remémorait même les expériences d'allumage ancestral : quand j'allume le feu à l’archet, en frottant deux morceaux de bois, cette odeur de braise naissante est presque une victoire... car elle peut vouloir dire que la flamme va naître !

Mais en la sentant ce 2 juillet, venir puissamment de très loin, elle me mettait en contact à la fois avec cette joie et cette inquiétude en moi liée à son côté sauvage, puissant, … originel même !


Mais, malgré cela, je continuais à avancer : je tenais mes objectifs et je travaillais... je prenais quelques moments de repos en allant à la rivière avec mes enfants… Avec eux, conscients que l'incendie de forêt avançait au loin, nous évoquions la puissance du feu, sa raison d’être naturelle, le cycle de la nature qui sait intégrer ce que les humains appellent un désastre… Je faisais alors de mon mieux, avec ma femme, pour rassurer mes enfants qui étaient déjà en contact avec cette mémoire ancrée en chacun de nous, celle de la crainte du feu… qui ravage tout sur son passage.


Dimanche 5 juillet, c’est le soir… Avec Céline, nous retrouvons toute la petite communauté que nous souhaitions accueuillir pendant début août dans la Maison forestière du Grand Viopis, un lieu-dit de notre village Barsac, à 10 minutes de chez nous… que les autorités venaient alors d'évacuer en raison de l'avancée inquiétante du feu dans ce secteur.


Ces retrouvailles se font sous la forme d'un rendez-vous en ligne où nous prenons tout de suite soin de leur présenter la situation.

Initialement, nous devions lancer les groupes de travail pour organiser la logistique du séjour. Il en fut tout autre : l’annonce que les flammes se rapprochaient de Viopis, qu’il était fort probable que nous ne puissions pas bénéficier de ce lieu était devenu « l’ordre du jour » et… à notre grande surprise, avec Céline, tout le groupe restait confiant (en quoi ? Nous ne le savions pas encore!)


Certaines personnes, pendant ce temps de réunion, ont eu l'espace d'exprimer leur tristesse en pensant à la forêt et à tous les êtres vivants qui périssaient dans les flammes… et, inspiré, je me souviens encore avoir dit, à ce moment-là, un peu ce que j’avais dit à mes enfants :

Le feu fait partie du vivant. Quand il court, prédateurs, loups, chevreuils, escargots, fourmis, rapaces, passereaux et humains sont côtes à côtes pour tenter de lui échapper… il impose une sorte d’unité… Oui, les arbres, les plantes, les champignons et nombre d’insectes et de formes de vie périssent … mais, une fois qu’il a fait son travail de « nettoyage », de purification, telle un phoenix, la nature renaît encore plus forte. Le feu est l’épreuve qui permet à la nature de se régénérer…


À ces mots, le visage d’une des personnes s’éclaira littéralement à l’écran, l’énergie collective devenait plus légère et à la fois beaucoup plus posée. Certaines personnes me remercièrent même pour ce rappel qui leur avait fait tant de bien et avait calmé, au moins provisoirement, la panique et la tristesse qui les avaient submergées au départ.


Je me souviens même qu’avec Céline et Karine, qui nous soutient dans l’accompagnement de ce groupe, nous avions pris conscience à quel point l’ambiance, les mots, notre foi en la Nature et en ce qu’il advient avait transformé l’espace et l’avait éclairé d’une lumière douce, chaleureuse et bien plus maîtrisée… un peu comme un contre-feu que les pompiers savent allumer pour éviter à l’incendie de s’affoler !


Pendant un moment de la réunion, nous avons vécu aussi un petit rituel, proposé par Karine : chacun, de chez nous, nous avons pris un court temps pour prier, engager une intention, faire un geste pour préserver le gîte de la maison forestière du Grand Viopis des flammes.


Pendant cet instant aussi symbolique que puissant où chacun avait quitté pendant 10 minutes la webcam, je me souviens bien de ce qu'il s'est passé pour moi...

La lumière était entre chien et loup… je suis sorti, j’ai humé l’air… il n'y avait plus d’odeur âcre. J’ai regardé le ciel et j’ai vu le croissant de lune fin et subtil. Et le petit arrosoir de mes enfants est apparu dans mon champ de vision, comme pour m'appeler. Le matin même, j’avais remarqué le fraisier de Tom, tout rabougri par les fortes chaleurs et je me suis souvenu des pensées que j’avais eues : il me faudra lui donner un peu d’eau ce soir !


Le rituel émergeait : je remplis le minuscule arrosoir et je descendis les marches de la terrasse pour arroser le petit plan tout désolé… je voyais le gîte forestier dans ce fraisier et je lui envoyais ce premier arrosoir.

En même temps que les gouttes d’eau tombaient sur le sol paillé, je me connectais, le plus concentré possible, à mon intention… et avec ce premier arrosoir, je donnais au gîte toute la protection et les enseignements du feu, tous ces bienfaits, toute sa puissance et son énergie de renaissance.

Et, une fois les dernières gouttes tombées, j’avais de nouveau l’envie d’envoyer plus d’eau au "fraisier-gîte". Un nouvel arrosoir lui fut donner en connexion avec les bienfaits de tout l’enveloppement et la guérison de l’élément eau…

Puis vint le 3ème arrosoir qui donnait toute la justesse et l’essence de l’élément air… et, enfin, le 4ème arrosoir dédié à l’élément terre amenait l’ancrage, l’enracinement et la puissance de l'aboutissement…


Après ces 4 arrosages rituels, je sentais alors venir une nouvelle impulsion… un 5ème et dernier arrosage, empli de tout l’Amour, ce 5ème élément qui rassemble les 4 premiers en une sorte de spirale lumineuse, bienfaisante et constructive.


Ce soir-là, nous avions alors fait sans le savoir une toute petite part de colibri individuel chacun, de chez soi, mais ces gestes simples et personnels réunis dans une intention collective formait alors, nous en étions sûrs, une force invisible qui nous dépassait, certes, mais en laquelle nous avions tant confiance…


A la fin de l’appel, nous nous couchions, dans les 4 coins de la France et de la Suisse, apaisés, nourris par notre espace communautaire bienfaiteur… et, symboliquement, avec un peu de recul, nous étions déjà rassemblé autour d’un feu, celui qui consumait la forêt par chez nous (et aussi dans d’autres contrées françaises, européennes et à coup sûr ailleurs dans le monde).


Et la braise continuait d’évoluer et de dévorer les paysages alentours, loin de nos yeux, certes, mais avec lesquels nous étions déjà reliés par de-là les crêtes et les sommets rocheux...




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